Maman est allée s'inscrire à l'ANPE. Elle a remplie le formulaire dans lequel ils demandaient son dernier emploi. 10 ans à s'occuper de toi, ça fait un trou dans le CV. Ce qu'elle veut faire
désormais ? Travailler auprès de personnes dépendantes et ça, elle sait faire et très bien. La dame nous reçoit mais maman n'ose rien dire, c'est moi qui s'en charge.
La conseillère écoute mais sans plus, ce n'est qu'une chômeuse de plus en ce temps de crise. Nous rentrons à la maison et maman se met à rédiger quatorze lettres de motivations avec CV que nous
envoyons dans divers établissements, elle ne recevra que 3 réponses, toutes négatives...
Un de nos voisins travaille en tant qu'homme d'entretien dans une maison de retraite, La Chimotaie à Cugand. On nous a dit d'aller le voir et de lui donner un CV afin qu'il la remette en main
propre à un responsable. Nous allons lui rendre visite le soir même mais celui-ci ne veut pas prendre la lettre de maman, il lui dit que ce serait mieux qu'elle y aille elle-même, ça fait mieux. En
vérité, il a déjà parlé pour quelqu'un mais cette personne n'a pas donné de suite à l'emploi qu'on lui proposait, il hésite donc à s'engager pour qui que ce soit, c'est compréhensible.
Le lendemain, maman se présente à la maison de retraite et remet son CV à un responsable qui lit le courrier devant elle. "Votre expèrience nous intéresse beaucoup, quel dommage que vous n'ayez pas
droit au CAE"
CAE ? Qu'est-ce que c'est ? Nous n'en avons jamais entendu parlé. Après renseignement, le CAE veut dire Contrat d'Accompagnement dans l'Emploi. Ceci est un contrat de travail à durée déterminée
destiné à faciliter l’insertion professionnelle des personnes sans emploi rencontrant des difficultés sociales et professionnelles particulières d’accès à l’emploi. Seuls le préfet décide du public
concerné et des critères d’attribution des contrats CAE. Les critères sont d’être au moins deux ans inscrit à l’ANPE et/ou bénéficiaire du RMI ou détenu récemment libéré.
Évidemment, maman ne fait pas parti du public concerné du fait qu'elle n'ait jamais été inscrite à l'ANPE. Une dérogation ! Peut-être est-ce la solution ? Peut-être que le préfet peut déroger dans
certains cas précis. Effectivement, nous obtenons une information selon laquelle le préfet peut effectuer des dérogations. Maman envoie un courrier le jour même à la préfecture avec accusé de
réception :
Monsieur le Préfet,
Je me permet de vous écrire afin de solliciter votre bienveillance à propos d’un problème me concernant mais aussi concernant tous les parents d’enfants handicapés, polyhandicapés ou atteint de
graves maladies. Notre petite Coline nous a quitté le 12 novembre dernier ce qui nous a causé une grande douleur,Coline était polyhandicapée et nécessitait une présence permanente pour l’aider dans
sa vie de tous les jours.
J’ai donc sacrifié ma vie professionnelle afin de m’occuper d’elle tous les jours. Ma petite fille ne parlait pas, ne marchait pas, était convulsive et sous oxygène. Nous nous sommes toujours battu
pour elle. Aujourd’hui, je suis confrontée à un autre problème. Coline n’étant plus là, je me suis mise à la recherche d’un emploi en tant que femme de ménage / auxiliaire de vie. M’étant occuper
de Coline durant près de 10 années, je considère travailler auprès de personnes en état de dépendance ou de grande dépendance plus comme une vocation que comme un métier.
Or, il s’avère que mon parcours intéresse énormément les établissements ou associations concernés par les services à la personne mais n’ayant pas droit au CAE (contrat d’accompagnement dans
l’emploi) ceux-ci hésitent à me faire signer un contrat. Je vous ferai grâce ici des difficultés financières que je risque de rencontrer si je ne retrouve pas rapidement un emploi n’ayant droit à
rien.
Le contrat d’accompagnement dans l’emploi (CAE) est un contrat de travail à durée déterminée destiné à faciliter l’insertion professionnelle des personnes sans emploi rencontrant des difficultés
sociales et professionnelles particulières d’accès à l’emploi. Seuls le préfet décide du public concerné et des critères d’attribution des contrats CAE. Les critères sont d’être au moins deux ans
inscrit à l’ANPE et/ou bénéficiaire du RMI. Il s’avère que je ne peux bénéficier de ce type de contrat m’étant inscrite seulement 15 jours après le décès de Coline alors que la plupart des
employeurs sont demandeurs avant une embauche éventuelle.
Je sollicite donc votre bienveillance afin que je puisse bénéficier par une dérogation exceptionnelle de ce contrat d’accompagnement dans l’emploi et que vous poussiez cette réflexion afin de
rétablir l’injustice frappant les parents de personnes handicapés ou gravement malade. Il est dommage que des personnes ayant sacrifié leur vie sociale, professionnelle et familiale doivent encore
être mise au ban de l’intégration après le départ de l’être cher dont ils se sont tant occupés.
Dans l’attente, je vous prie d’agréer, M. le Préfet, l’expression de mes respectueuses salutations.
Mme Martinache Sandrine
Un mois passe... aucune réponse... Entre temps maman a effectué un stage de 15 jours à la Chimotaie où ils lui ont dit que si elle avait sa dérogation, elle commencerait un contrat début
février.
Nous sommes mi-janvier, maman téléphone à la préfecture. Aucune trace du courrier. "Il doit avoir été envoyé à la DDTE (Direction Départementale du Travail et de l'Emploi)" lui dit-on.
Nouveau coup de fil.
"Non non, nous n'avons rien reçu" C'est un peu fort tout de même, un courrier en recommandé qui se perd !
Je téléphone moi-même le lundi et réussi à avoir une dame très agréable qui se confond en excuses de toutes sortes. Maman n'avait pas osé lui dire sa situation, je lui explique toute l'histoire, la
dame écoute et dit : "Je m'occupe de tout monsieur, ne vous en faites pas"
Je lui indique que le courrier a été adressé au préfet en personne et celle-ci me repond que tous les courriers sont adressés au préfet mais que ce dernier ne les lit jamais ou ne lit que les
courriers important ou ayant retenu son attention, dans 99 % des cas, tout est dispatché entre les différents services.
La dame de la préfecture contacte la DDTE et le lendemain nous recevons un mail, la situation est débloquée, maman a sa dérogation. Elle commencera son contrat début février.
Le jour même de cet e-mail providentiel, nous recevons un courrier de la préfecture. C'est le préfet en personne qui écrit à maman en lui disant que sa situation l'a interpellé et qu'il en a
immédiatement parlé au directeur de la DDTE. Ainsi le courrier n'était pas perdu, il était atterri directement entre les mains du préfet qui lui même l'avait transmis au directeur de la DDTE.
A la fin de sa lettre, le prefet avait rajouté en lettre manuscrite :