La vie de tous les jours

Publié le par Cocoweb



Le soir, nous nous retrouvons seuls avec mamie qui a décidé de rester un peu avec nous... le temps que tout cela ne se tasse... mais cela ne se tasse pas. J'ai pris une semaine de congé, je pense que reprendre le travail me fera du bien. Et Sandrine ? Que va-t-elle faire maintenant ? Le jour du décès de Coline j'avais pris mes fils à part :
"Il faudra bien s'occuper de maman maintenant.
-Oui papa, ne t'en fais pas." avait répondu Valentin.
Coline était sa raison d'être, son objectif. Il n'y avait qu'elle qui savait s'en occuper selon elle. Cela nous faisait rire et on la chambrait parfois.
Dix années à ne vivre que pour Coline jour et nuit. Elle n'aura pas manqué d'amour la bichette, la relation entre la mère et la fille était fusionnelle.
 
Nous allumons la télé mais nous ne la regardons pas. Déjà avant les programmes télé avaient atteind les fonds abyssaux de la connerie humaine mais là... depuis son départ, cela nous semble pire... Un président comedien, des comediens politiciens, la star'ac, les présentateurs débiles qui nous debitent des commentaires dignes des cours de récré de l'école primaire, que dis-je, de l'école maternelle, des journaux télévisés qui désinforment, des series ou téléfilms dont le scenario baclé semble avoir été ecrit par les auteurs du journal de Mickey ou de Pif Gadget, l'étalage de la vie, de débauche dans les boites de nuits parisiennes de ces nouvelles stars éphemères... bref, pour nous, des images qui defilent... rien de plus...
 
Nous ne cessons de penser à toi, matin, midi et soir.
 
J'ai repris le travail une semaine après les obsèques, Sandrine commence à l'usine avec moi. Ils se sont mobilisés pour lui faire une place. La première semaine, je tiens le choc, je fais le dur. Mon pote Marc qui est sur la machine d'à coté me surveille du coin de l'oeil, je l'ai remarqué mais lui non. Je ne flancherai pas. Un mec qui pleure dans une usine ça l'fait pas, je suis obligé de me cacher mais les copains ne sont pas dupes. Dans le couloir qui mène à la salle de pause, j'entend des rires au loin. Encore Yusuf, Pascal ou Martial qui font les cons, des vrais boutentrains ceux-là. Dès que j'ouvre la porte, tout le monde se tait, un silence s'installe puis ils quittent la pièce un à un, personne n'ose rigoler ou me parler.
 
Sandrine est à l'autre bout du batiment, du coté des filles, je ne la vois pas. Au début, les ouvrières ne savaient pas qui elle était, ce n'est que le lendemain que la nouvelle a fait le tour de l'imprimerie. Personne ne lui parle du drame qui vient de nous frapper mais à chaque conversation Sandrine semble un peu borderline, elle n'a pas vecu les mêmes choses qu'elles et Coline revient à chaque fois dans ses propos. Nous vivions sur une île, à l'ecart de tout, on ne peut parler que se que l'on connait... notre île.
 
Le midi, mamie était à la fenêtre et attendait le retour de ses deux ouvriers qui rentraient ensemble main dans la main.
 
Nous avons tenu une semaine et demi au travail puis nous avons arreté ensemble, il nous faut du temps.
 
Moi j'ai repris le travail ensuite en prenant le taureau par les cornes. Dès qu'un silence s'intallait en salle de pause à mon arrivée, c'est moi qui le brisait par une boutade ou une blague ou une discussion quelconque.
 
Le travail à la chaine ne convenait pas du tout à Sandrine. Elle son truc c'est s'occuper des gens. Les vieux, les handicapés, les estropiés de toute sorte, les misereux, tous ceux qu'on pas eu d'chance... Elle veut leur apporter un peu de bonheur et je peux vous dire que ça, elle sait faire.
Avant la naissance de Coline, elle travaillait dans un commissariat dans le Nord en tant que secrétaire / hotesse d'accueil mais surtout ne lui parlez plus de cela maintenant.
Sa vocation c'est les autres ...


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Mary 16/01/2009 11:34

Il n'y a pas plus belle vocation que celle de s'occuper des autres.