Ton retour à la maison

Publié le par Cocoweb



Le monsieur est venu te chercher avec son brancard, il n'ose pas. Nous attendons quelques minutes puis le faisons entrer. Il soulève ton petit corps et t'installe. Il prend le drap et recouvre ta tête. C'en est trop pour nous. Nous pleurons toutes les larmes de nos corps.
Il t'emmène au funerarium.
 
Nous finissons de ranger tes affaires et maman laisse tous tes medicaments aux infirmières.
"Vous pourrez les jeter, elle n'en a plus besoin."
 
Le funerarium est au sous-sol, il faut nous y rendre. Nous prenons l'ascenceur, les portes s'ouvrent et nous empruntons un grand couloir sombre, lugubre. Une porte devant nous, c'est le funerarium, nous sonnons, personne ne repond. Au bout d'un moment nous rencontrons une personne qui nous indique qu'il faut passer par l'exterieur.
Un monsieur nous reçoit et nous fait pénétrer dans un petit bureau.
Avez-vous choisi une entreprise de pompes funèbres ? faut-il preparer le corps ? Avez vous des habits pour Coline ?
Nous l'ecoutons et pensons vivre un cauchemar. Mais qu'il se taise ce con ! Mais non, ce n'est pas un abruti, il fait juste son metier. Nous sommes incapables de prendre la moindre decision. Heureusement, Valentin et Sylvain sont là, ils prennent quelques decisions à notre place. Nous repassons te voir et filons à la maison pour te prendre de beaux habits. Tu mettras ta robe rouge achetée spécialement pour le mariage de ta cousine Marie. Il nous faut prevenir la famille, nous manquons de courage. Maman essaye de joindre mamie, moi ma soeur. J'arrive à la joindre dans son magasin. Elle hurle au téléphone, j'entends des cris et des pleurs. Je lui dit de prevenir le reste de la famille, je n'en ai pas la force.
Nous amenons tes vetements à l'hopital et revenons à la maison. Nous entendons tous ta petite voix comme si tu nous parlais, nous t'entendons crier. Mamie et tata Véro arrive ce soir par le premier TGV.
Le monsieur des pompes funèbres arrive et rebelotte pour des tonnes de questions auxquelles nous ne sommes pas prets. Tu dois arriver à la maison vers 15 heures.
Nous attendons ce moment avec impatience et en même temps nous sommes terrifiés. Comment allons nous réagir et où allons nous t'instaler ? La réponse est evidente pour Valentin, pas pour nous, nous sommes completement paumés, dans ta chambre évidemment, au milieu de tes jouets et de tes poupées.
15 heures, le corbillard arrive. Le monsieur ouvre les portes de la camionnette et sort le brancard avec ton corps recouvert d'un linceul blanc. Cette image est trop forte, nous craquons.
Maman est terrorisée mais très forte. A aucun moment elle n'aura flanché. Cette force, c'est toi qui lui a donné. Elle est rompue aux épreuves.
M. Valain demande à être seul pour te mettre dans ton lit, il nous demande un drap, maman est incapable de lui avancer celui-ci, c'est Valentin qui s'en charge. Nous le laissons et au moment où il t'installe nous entendons un grand cri, c'est toi nous en sommes sûrs. Nous sommes au bord de la folie, c'est la douleur.
Nous decouvrons ton visage au dessus des draps, tu es si belle mon ange, tu sembles dormir. Le monsieur des pompes funèbres est en larme, il essaye de se retenir mais rien n'y fait. Il a bien du courage, c'est le seul à avoir accepter de s'occupper de toi. Toutes les entreprises des alentours ont refusé.
 
Quelqu'un frappe à la porte. Il s'agit du curé du village suivi de soeur Thérèse et d'une laïque, Mme Chiron.
"Mon père, excusez moi mais je suis catholique non pratiquant, je n'y connais rien"
"Ne t'inquiète pas, nous allons nous occupper de tout"
Et en effet, ils se sont occuppés de tout et la cérémonie était très belle, simple est magnifique.
 
Durant ces 3 jours la famille est arrivée, Mamie et Véro d'abord, Marie-Christine et Yannick, Dominique et Sandrine, Daniel et Stephanie, Marie, Lucie, Samuel... et tout le monde est venue te rendre visite, les voisins, les jeunes, les amis...
 
Arrive le jour de la cérémonie. La vue de ton petit cercueil blanc nous bouleverse. Nous ne voyons même pas l'officier d'etat civil entrer dans la maison. Le monde à l'eglise nous surprend surtout les jeunes venus en nombre.
 
Après la messe, tout le monde se dirige vers nous et nous présente ses condoléances.
 
Nous avons choisi l'incinération. Ainsi tu seras toujours pres de nous et dès que papa ou maman partira te rejoindre, au moins tu nous suivras dans la tombe.
 
Les voisins et les copains de l'usine se sont cotisé et avec l'argent nous avons decidé d'acheter une toute petite vitrine pour y deposer l'urne où repose tes cendres.
 
Si un jour vous venez nous rendre visite, ne nous amenez pas de petits cadeaux mais pensez à une petite fleur pour Coline. Juste une fleur.
 
Sandrine achète régulièrement des fleurs pour Coline, c'est tout ce qu'on peut lui acheter maintenant.
 
Lorsque j'étais gamin, il y avait une dame, nous l'appellions par son prénom, Marie, qui tous les jours passait devant la maison pour se rendre au cimetière. Elle allait voir son fils qui s'était tué dans un accident de moto. Qu'il vente, qu'il neige, qu'il pleuve, malade, ce petit bout de femme toujours habillée de noir n'a jamais faillit à ce devoir de mémoire. On ne se remet jamais de la mort d'un enfant.



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valérie 15/01/2009 10:04

Vos témoignages sont toujours aussi poignants et croyez-moi vous avez eu beaucoup de courage pour faire revenir le petit corps de Colline à la maison, car c'est très éprouvant. Perdre un enfant est la chose la plus cruelle qui puisse arriver à des parents.