Tes frères pour te défendre

Publié le par Cocoweb



Tu étais si fragile, tu n'étais qu'amour et douceur, le centre de la famille. Pour tes frères, personne n'avait le droit de dire du mal de toi. Premièrement cela les blessait, deuxiemement, quiconque osait dire une parole de trop sur toi s'exposait à leur colère rouge.
Lorsque nous sommes arrivés à Tiffauges, Valentin et Sylvain ont cherché à se faire des copains, c'est tout naturellement qu'ils allaient vers les autres.
Parfois les enfants sont cruels, ils ne s'en rendent pas toujours compte. Valentin était allé jouer avec un autre gamin du quartier d'à coté et je ne sais pour quelle raison ils se sont disputés. Le môme lui dit alors :
"T'façon toi t'es aussi mongol que ta soeur ! C'est vrai que ta soeur est mongole ?"
Il ne le dit qu'une fois...
Son oeil se souvient encore de la douloureuse rencontre avec le poing de Valentin.
Il rentra à la maison très enervé, presqu'en pleurs et nous expliqua ce qu'il venait de se passer. Nous le disputons un peu... puis, après reflexion, l'encourageons à defendre sa petite soeur. Certe la manière était assez expeditive et nous lui avons expliqué que ce n'était pas la meilleure façon d'exprimer sa colère mais cela a été plus fort que lui.

Un autre cas où Valentin et Sylvain excellait, c'était la distribution de petit tract que l'APF (association des paralysés de france) donnait afin de mettre sous les essui-glaces des conducteurs qui prenaient des places de stationement handicapés afin de les sensibiliser au problèmes. Je crois même que les gendarmes y ont eu droit. Ils n'avaient peur de rien.

Le plus beau fut, je pense, un jour où maman était partie à Cholet faire quelques courses avec tes frères. Ils avaient bien eu du mal à trouver une place libre et ce jour là, manque de chance pour le proprietaire, une énorme Mercedes toute neuve occupait l'une des rares places handicapés du supermarché. Celle ci n'avait pas le macaron GIC (Grand invalide civil) obligatoire pour se garer sur les places reservées à cet effet. A la vue de la voiture, tout indiquait qu'il s'agissait d'un bizness man préssé qui n'avait pas le temps comme le commun des mortels de s'affairer à trouver une place plus loin que l'entrée du magasin. Cette place bleue lui était dûe, c'était évident...
L'APF nous avait donné des papiers autocollants de format 21x29.7 sur lesquels était ecrit la desormais célèbre phrase : "Si tu prends ma place, prend aussi mon handicap"
Nous nous refusions de coller ces affiches car elles étaient très difficiles à enlever mais cette fois là, Sandrine n'eu le temps de rein dire. En deux temps trois mouvements, le sticker était collé.
Plus tard, en rangeant les achats dans la voiture, Valentin s'ecria :
"Maman ! regarde qui arrive !"
C'etait tout a fait ça, un homme, costume cravatte, attaché case, accompagné d'un autre tout aussi bien habillé, se dirige vers la mercedes, fait semblant de ne pas voir la belle affiche fluo dans un premier temps. Puis, géné, essaye d'enlever celle-ci qui lui gachait la vue.
Le seul handicap dont souffrait ce pauvre homme ne pouvait être que son auto-suffisance. Valentin et Sylvain avaient fait mouches.
Malheureusement pour lui, il ne pu pas l'enlever de suite, elle était tellement bien collé qu'il fut obligé d'en enlever le maximum sans réussir à tout nettoyer.
Ce fut le premier geste militant de tes frères

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